« [...]
C’est une plante
très rare,
que l’on m’a donnée,
et qui, m’a-t-on dit,
ne fleurit sous
nos climats que tous
les quatre ans.
[...] »
Car ma prairie... s’inspire de la « lettre du cactus de Sido », que Colette cite au début de La naissance du jour, publiée en 1928. Telle que Colette l’a élaborée, cette lettre fait dire à sa mère que, dans certaines circonstances, l’éclosion probable d’une plante rare prévaudrait sur la visite à des personnes chères. Pour ma part, cette lettre m’évoque le souvenir — authentique * — de ma grand-mère, « Julie Meulien, née Fréteau ». Frugale et pieuse, et, tout autant, affectueuse, elle savait avec tact demander à quitter ces longs dimanches en famille de mon enfance bourguignonne : « Je m’ennuie de mes fleurs », déclarait-elle soudain. L’heure était venue de la raccompagner.
Dans cette lignée, ce livre d’artiste célèbre, en dialogue avec Colette, cette dimension de la vie où la personne humaine trouve, au profond de soi, suffisamment d’humilité pour se mettre au niveau d’une fleur, et pour consentir — à travers sa floraison, sa défloraison, sa simple compagnie — au miroir le plus juste de son être.
« Monsieur,
Vous me demandez de venir passer une huitaine de jours chez vous, c’est-à-dire auprès de ma fille que j’adore. Vous qui vivez auprès d’elle, vous savez combien je la vois rarement, combien sa présence m’enchante, et je suis touchée que vous m’invitiez à venir la voir. Pourtant, je n’accepterai pas votre aimable invitation, du moins pas maintenant. Voici pourquoi : mon cactus rose va probablement fleurir.
C’est une plante très rare, que l’on m’a donnée, et qui, m’a-t-on dit, ne fleurit sous nos climats que tous les quatre ans. Or, je suis déjà une très vieille femme, et, si je m’absentais pendant que mon cactus rose va fleurir, je suis certaine de ne pas le voir refleurir une autre fois...
Veuillez donc accepter, Monsieur, avec mon remerciement sincère, l’expression de mes sentiments distingués et de mon regret. »
« Ce billet, signé « Sidonie Colette, née Langlois », fut écrit par ma mère à l’un de mes maris, le second. L’année d’après, elle mourait, âgée de soixante-dix-sept ans. Au cours des heures où je me sens inférieure à tout ce qui m’entoure [...], je puis pourtant me redresser et me dire : « Je suis la fille de celle qui écrivit cette lettre [...] »
Colette, La Naissance du jour, extrait.
* Dans le dossier de Claude Pichois, « Lettres de Sido à sa fille », qui complète La Naissance du jour, Flammarion GF 2023, le lecteur apprend que « Colette fait refuser par Sido l’invitation de Jouvenel, alors qu’elle l’acceptait.»
CAR MA PRAIRIE... EN DIALOGUE AVEC COLETTE
© POÈME, PHOTOGRAPHIES ET CRÉATION DU LIVRE D’ARTISTE : MARIE MEULIEN
LES LECTEURS DE COLETTE RECONNAÎTRONT LES MOTS ET TOURNURES QUI LUI SONT EMPRUNTÉS.
Cet ouvrage est né dans le prolongement de l’exposition créée et présentée par Marie Meulien lors de L’automne en Champsaur 2025 dédié à Colette.
Accompagné de 13 photographies, le dialogue court sur un livre en feuilles comprenant 10 in-folio. Chaque feuille est un tirage photographique original réalisé par l’auteure. Estampe numérique aux encres pigmentaires sur Museum Etching frangé de Hahnemühle 350 g/m2 et Kozo d’Awagami 70 g/m2. De sa main, l’artiste a rehaussé l’ouvrage de textes autographes à l’encre de Chine. Chaque exemplaire est unique. Sous coffret, format : 25 x 34,5 x 4 cm. Édition originale, 2025, de 15 exemplaires numérotés et signés.
Extraits du poème Car ma prairie..., de Marie Meulien, en écho à la « lettre du cactus de Sido »
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